janvier 21st, 2019
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Etre frontalier : les limites de l’accès au marché de l’emploi suisse

Chaque jour, plus de 300 000 frontaliers viennent travailler en Suisse. Parmi ceux-ci, on compte près de deux tiers en provenance de France. Frontalier ne veut pas forcément dire uniquement ressortissants UE, il faut savoir que près d’un tiers de ces frontaliers sont eux-mêmes suisses ou disposent de la double nationalité. Le problème d’emploi des frontaliers va donc au-delà d’un problème de nationalité, cela reste essentiellement un problème géographique.

Et ce problème a plusieurs composantes : bassin d’emploi réduit, partage dudit bassin avec les locaux et résidents en Suisse, et préférences accordées aux locaux, interim et revenus en France, et enfin taux de chômage des cantons frontaliers.

Il n’y a pas que Genève en Suisse !

 

Peut-on considérer que Genève est en Suisse ? Pour beaucoup de vaudois, la question se pose encore … Ceci dit, on constate que la majeure partie des frontaliers se focalise sur la région genevoise. Hors, le canton de Genève est l’un des cantons avec le  plus fort taux de chômage. Sans oublier qu’il exporte son chômage au-delà de la frontière puisqu’une grande partie des chômeurs frontaliers sont dans cette situation par manque de places de travail dans la région genevoise. La récente embellie du taux de chômage sur Genève n’empêche pas une situation qui reste compliquée. Surtout avec un ministre en charge des questions de l’emploi issu du mouvement anti-frontalier. L’attrait pour le domaine bancaire, pourtant en pleine mutation, sans compter les restrictions depuis l’affaire de la HSBC, ne diminue pas alors que ce secteur perd plus d’emplois qu’il n’en crée actuellement. Et dans ce domaine, la préférence nationale s’exerce fortement, mettant les frontaliers en concurrence avec les résidents de l’autre côté du lac, jusqu’à Montreux.

En plus, la nouvelle politique d’industrialisation genevoise, créatrice d’emploi certes, met en avant une demande de plus en plus forte de profils hautement qualifiés, souvent multilingues qui ne correspond pas au potentiel de candidats frontaliers.

Enfin, de récentes prises de positions politiques envers la surpopulation frontalière dans certains domaines ont réduit le potentiel d’emploi pour les non-résidents suisses

De fait, la limitation au bassin de Genève met les frontaliers en marge du gros du marché du travail genevois.

80% des emplois se trouvent  à plus d’une heure de la frontière.

 

La Suisse n’est pas très grande, de Genève à Constance, il y a moins de 350km. Le problème n’est pas dans tant la distance que le temps nécessaire pour parcourir cette distance. Il m’arrive régulièrement de me déplacer en France depuis Lausanne pour mon activité. Et je vois constamment le matin, des files de voitures à l’arrêt depuis la douane et dans le sens contraire au soir. Sans compter que l’autoroute Lausanne-Genève, ou Berne-Zürich, ressemble plus au périphérique parisien aux heures de pointes qu’à un chemin de santé un dimanche matin d’hiver. Et ces files de véhicules s’appliquent à d’autres points de passage comme Le Locle pour les hauts du canton de Neuchâtel, Vallorbe, Boncourt, pour le Jura, Bâle ou dans le Chablais, en ce qui concerne la France. Par conséquence, lorsque j’interviewe des frontaliers pour des postes loin de la frontière, la réponse est toujours la même, le temps de transport et hors de question de déménager. Pourtant, c’est dans ces zones, éloignées de la frontière en terme de temps, que ce trouvent les emplois. Le triangle Neuchâtel-Yverdon-Fribourg est riche d’entreprises qui ont du mal à recruter. Et il y est possible de se loger à bon prix, contrairement à l’Arc Lémanique.

De plus, les employeurs suisses ne sont pas chauds à avoir des employés devant faire plus de deux heures par jour de trajet, souvent dans de mauvaises conditions (bouchons, transports bondés …). Beaucoup ont essayé et nombreux ont abandonné après plusieurs déconvenues.

L’intérim  a réduit la voilure concernant les frontaliers

 

Autre difficulté qui est apparue récemment, l’intérim a fortement réduit sa volonté de faire appel à des frontaliers. En cause, un accord entre la Suisse et l’UE qui date un peu mais remis au goût du jour depuis la modification de la loi française sur l’assurance maladie des frontaliers. En effet, un frontalier qui reçoit des aides du côté français oblige l’employeur suisse à payer les cotisations patronales en France, soit le double des cotisations suisses, sans oublier la complexité administrative ajoutée. Forcément, les entreprises suisses, et en particulier les agences d’intérim, ont pris note de ces coûts supplémentaires. Cela a enchérit le coût de la main d’œuvre frontalière, rendant les frontaliers moins intéressants que des locaux, quitte à revoir certains requis à la baisse ou à obliger les frontaliers de se radier de toute administration française pouvant fournir une prestation financière.

 

Certaines entreprises ont peur pour leur image

 

Les cantons frontaliers sont ceux qui connaissent le plus grand taux de chômage. Les chiffres de mars 2016 sont assez éloquents dans ce domaine (voir graphe ci-dessous).

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Même si l’emploi de personnel venant d’autres régions, que ce soient autres cantons ou frontaliers, est justifiable par manque de ressources locales, souvent dans les métiers techniques et qualifiés, les entreprises suisses s’inquiètent pour leur image lorsque leur parking a plus de plaques d’immatriculation étrangères que suisses. Et, de par la faute d’employeurs profitant de la situation, elles sont donc plus souvent soumises aux contrôles concernant le dumping salarial, le respect de leurs obligations etc etc. Ce qui représente des charges supplémentaires pour l’entreprise.

Avenir incertain

Enfin, je ne peux oublier que nous sommes toujours dans l’incertitude de l’application de la votation de février 2014 sur la limitation de l’immigration. Cet article constitutionnel doit être en application au plus tard en février 2017. Dans la situation actuelle, si aucun autre accord n’est trouvé, il aura forcément un impact très important sur l’emploi des frontaliers. La priorité des permis de travail sera donnée à des régions à faible taux de chômage, ayant un besoin de recrutement important non couvert par la population locale. Et, je vous renvoie sur le deuxième point, ces régions sont massivement hors d’atteinte de la frontière.

 

En conclusion,

 

L’Eldorado frontalier a vécu, et ce n’est pas une situation nouvelle. Cela fait déjà quelques années que cette utopie a disparu. Je comprends parfaitement l’idée de vivre dans un pays avec un coût de la vie nettement inférieur à la Suisse mais avec un salaire suisse puisse toujours attirer. C’est même le premier motif des suisses s’installant de l’autre côté de la frontière. Et pourquoi tant de suisses passent la frontière, notamment le weekend, pour faire leurs courses dans les pays voisins. Cependant tout cela est devenu un leurre. En effet, à quoi bon rester frontalier si c’est pour se retrouver sans emploi ? Les avantages n’existent plus. Je vois de nombreuses personnes se plaindre de cette situation, notamment du côté suisse. Je ne soutiens pas la majorité de ces plaintes, car il est toujours plus facile d’accuser les autres de ses échecs que de regarder la situation en face et prendre ses responsabilités. Car la situation des frontaliers, en terme d’emploi, est finalement la même des deux côtés de la frontière. Et le suisse a aussi du mal à se déplacer dans les zones d’emploi, parfois en ayant des réactions ubuesque (faire une heure dans les bouchons pour aller à Genève est envisageable, mais faire 30 minutes pour aller à Yverdon est trop loin pour certains lausannois !).

Etre frontalier, et vouloir le rester, c’est volontairement se couper du marché de l’emploi suisse. A méditer …

4 Comments

  1. Realty06-08-2018

    Bonsoir,
    En effet votre article reflète bien le quotidien des frontaliers mais vous oubliez que les Suisses résidents en France depuis 20 ans (officiellement) lors de la promotion du Grand Genève, sont eux aussi mis en marge du secteur de l’emploi Genevois, etc… à cause de la résidence en UE. Ils sont les oubliés de la Confédération qui n’a aucune considération tant pour UE que pour ses confédérés !
    A ce jour, vous contactez une voire des agences de placement, elle(s) vous remercie(nt) pour votre dossier sur lequel vous mentionnez votre résidence UE et elle(s) vous souhaite(nt) bonne chance pour l’avenir… quelle tristesse ! de voir les populations réduites à un rapport comme celui-là par des lois réductrices et destructrices, alors qu’ensemble, on échange, partage et de là naît une synergie. et de nouveaux projets.

    • Yodea Recrutement06-09-2018

      je ne les oublie pas, relisez bien l’introduction et la conclusion

  2. Adam05-26-2018

    Bonjour
    Bravo pour votre article très interessant, retraçant bien la vie difficile des frontaliers qui passent presque autant de temp sur la route qu’en entreprise, ce qui engendre forcément de l’épuisement.
    Je note que vous situez des entreprises en manque de main d’œuvre. Est-ce toujours le cas? Les employeurs sont ils plus enclin a aider d’éventuels futurs employés à obtenir leur permis? Les extras communautaire en règle sont ils aussi les bien venus?
    Ensuite à l’issue de cela est il possible de trouver facilement un endroit ou loger pendant au moins la semaine ? Et à combien cela reviendrait il de se loger dans ces endroits reculés de la frontière?
    Je vous remercie d’avance pour votre réponse et vous adresse mes cordiales salutations.

    • Yodea Recrutement05-27-2018

      Bonjour,

      le manque de main d’oeuvre dans de nombreux domaines est toujours d’actualités, d’autant que les chiffres du chômage sont bas. Cependant, il faut prendre en compte, pour l’obtention d’un permis, du fait que de nombreuses professions vont être soumises à plus de contraintes au niveau local dès le 1er juillet.

      Enfin, pour répondre à votre question, un extracommunautaire reste un extracommunautaire, qu’il soit ou pas au bénéfice d’une régularisation sur le territoire européen car ce dernier titre n’a aucune valeur légale en Suisse. De plus, même si le nombre de permis pour les extracommunautaires a éé augmenté cette année, il reste très faible et ils sont déjà quasiment tous utilisés.

      Concernant le logement, hors zone lémanique et Goldenkust, il est très facile de trouver une résidence. Les prix varient selon les régions, le mieux est de consulter des sites spécialisés comme homestreet ou immogate

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