décembre 11th, 2019
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Pénurie de profils qualifiés en Suisse : l’impossible quadrature du cercle

Les chiffres officiels du chômage en Suisse sont explicites, nous sommes dans en plein emploi. Alors, oui, je devance certaines réactions, le taux réel est sûrement plus haut que celui annoncé. A vue de nez, je dirais de 1 ou 1.5 de plus. Mais il est aussi très différent d’un canton à l’autre. Les raisons en sont multiples:compétences linguistiques, bassin de population, formations …. mais le problème fondamental n’est pourtant pas de ceux-ci. Il est à chercher dans deux causes : la pyramide des âges et la structure des entreprises suisses. Et les deux s’amalgament pour créer la situation actuelle.

On pourrait croire que la pénurie pourrait profiter aux juniors et seniors mais le fait est que, malgré une légère amélioration de la situation de ces populations, ce sont encore celles qui composent le gros des troupes des demandeurs d’emploi. La pénurie touche essentiellement les populations entre 30 et 45 ans. Et, si on regarde la pyramide des ages suisse, c’est aussi la tranche de population avec les effectifs les plus réduits.

Pourquoi cette tranche et pas les deux autres ?

Il faut regarder dans la structure même du tissu économique suisse. L’économie suisse est principalement composée de TPE/PME et, contrairement à nos voisins français par exemple, elle s’est tournée massivement vers la production à forte valeur ajoutée, requérant de plus en plus de profils qualifiés, y compris dans les postes de production. La pénurie alimentant la pénurie, associée aux besoins de pouvoir agir et réagir rapidement dans des environnements hautement technologiques et dynamiques, les TPE/PME sont gourmandes de profils confirmés car elles ne peuvent prendre le temps de former des juniors qui vont demander au minimum un an pour commencer à être efficaces (le temps de leur faire oublier toutes les belles théories apprises à l’école et retirer l’idée qu’ils savent déjà tout) et elles ne peuvent se permettre de s’offrir les services de seniors qui, et c’est normal, font payer leur expérience, le tout avec un surcoût lié à une loi sur la prévoyance obsolète dans sa répartition des cotisations.

Et le problème de ces entreprises provient en partie des très grosses entreprises qui ont oublié leur rôle formateur et qui, avec une pyramide des ages déjà très orientée +50, se rabattent sur la même population cible. Et elles n’ont aucun mal pour y parvenir. Leur politique de recrutement, basée sur une campagne couteuse, trop couteuse pour des PME, vantent de nombreux avantages que les petites structures ne peuvent se permettre : prime maladie, congé paternité, semaines supplémentaires de vacances, primes …. Ce n’est pas pour rien que les grosses entreprises trustent les premières places des classements des entreprises où il fait bon travailler. De plus, ces mêmes entreprises, grâce à leur dimension internationale, peuvent se permettre de recruter dans des pays soumis à quota en contournant ces fameuses règles. On engage en Inde puis on transfert au bout de 6 mois. Ce n’est plus un permis contingenté, puisqu’il s’agit d’une mutation interne.

De fait, les TPE/PME doivent se rabattre sur une population hors de Suisse, et uniquement européenne car dans l’impossibilité d’obtenir des permis pour pays tiers. Seul souci, c’est que ces mêmes pays, à quelques exceptions, sont dans la même situation. Et contrairement à l’idée répandue d’une population de millénials ouvert au monde, ces populations ne sont pas si mobiles que cela à l’international, tout de moins pour travailler et s’installer, pour Erasmus, c’est plutôt le contraire …ah la vie d’étudiant …

Existe t il une solution ? Difficile à dire mais des pistes d’amélioration existent. Une meilleure formation, notamment linguistique (rappelons que l’allemand est la première langue de travail en Suisse), un encouragement à la mobilité (tout le monde ne peut pas vivre et travailler au bord du Leman, en ce qui concerne les romands), un engagement plus fort des grandes entreprises sur les profils juniors afin de permettre aux TPE/PME de pouvoir recruter des profils medians et enfin une modification de la LPP qui mettrait au même niveau toutes les classes d’âge. Le modèle social suisse est l’un des meilleurs du monde, si ce n’est le meilleur, mais son équilibre devient instable de jour en jour et les extrêmes de tous poils sont déjà entrain de tourner comme des charognards autour d’une carcasse abandonnée. Prenons tous conscience de la situation afin de permettre à tous de profiter de la bonne santé de ce pays.

Et rendez-vous le 10 Octobre pour le Forum International de l’Emploi et des Hautes Technologies !

© 2013 Stéphane Bruneau EI
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